L’école de formation du Raja de Casablanca est victime de la fuite de ses espoirs.
Le Qatar est devenu une destination privilégiée pour de nombreux jeunes sportifs marocains. Après la fuite de deux joueurs cadets du Raja de Casa dans cet émirat en septembre, sept autres joueurs se sont envolés lundi vers le club Assad al-Qatari sans autorisation du Raja.
Le président du Raja de Casablanca, Abdeslam Hanat, n’arrivait pas à contenir sa colère quand nous l’avons eu au téléphone mardi matin. En effet, le premier responsable du club venait d’apprendre, au même titre que l’opinion publique, que sept joueurs de moins de 17 ans, c’est-à-dire des cadets, ont pris la tangente pour le Qatar. Ce petit État pétrolier est devenu depuis quelques années la destination privilégiée de nombreux athlètes et joueurs marocains. «Je suis outré par cette fuite de nos jeunes, alors qu’ils sont sous contrat avec notre club», lance Abdeslam Hanat.
«Il est clair, ajoute-t-il, qu’il y a une filière très bien organisée qui favorise cette fuite des jeunes, et il me semble qu’il n’y a pas que le Raja qui est victime de cette situation. Nombre d’athlètes sont partis vers les pays du Golfe, et rien n’a été fait pour mettre un terme à cette vague d’émigration. De nombreux clubs, comme le WAC, ont levé la voix pour dénoncer de tels agissements», s’indigne le président du Raja.
Filière
Déjà en septembre dernier, deux joueurs parmi les meilleurs espoirs du royaume ont pris la direction du club Assad al-Qatari, dont le centre de formation est dirigé par un Marocain, en l’occurrence Houcine Ammouta, l’ancien entraîneur de l’IZK et du FUS. De là à avoir des soupçons sur la présence d’une filière marocaine, il n’y a qu’un pas que certains dirigeants n’ont pas hésité à franchir. «
« J’ai eu une discussion avec le président du Raja. Et nous avons convenu de mener une enquête à ce sujet et de porter plainte devant la Fifa et au Pénal ».
Moncef Belkhayat
Lorsque nos deux joueurs sont partis la première fois, nous avons écrit à la fédération qui a fait suivre notre courrier à la fédération qatarie. Mais, à ce jour, il n’y a pas eu de réponse à nos doléances», regrette Abdeslam Hanat. «Oui, insiste-t-il, il existe une filière qui contacte les parents de joueurs pour qu’ils les autorisent à jouer au Qatar. On a même entendu parler de grosses sommes remises, d’une part, aux parents de l’ordre d’un million de dirhams et, d’autre part, de 60.000 DH par mois aux joueurs, ce qui est énorme».
Alerté, le ministère de la Jeunesse et des Sports est décidé à secouer le cocotier et à porter l’affaire devant les instances compétentes. « J’ai eu une discussion avec le président du Raja, a expliqué Moncef Belkhayat au micro de Radio Mars. Et nous avons convenu de mener une enquête à ce sujet et de porter plainte devant la Fifa et au Pénal ». Les footballeurs mineurs sont en effet protégés par la Loi.
Les Qataris organisent – comme on le sait – les phases finales de la Coupe du monde en 2022, et leur objectif est de constituer une équipe compétitive pour cette manifestation mondiale. C’est la raison pour laquelle ils s’activent pour recruter des jeunes qui seront prêts à cette date. Les promesses de naturalisation et, surtout, les gros salaires ont fait le reste. Autrement dit, ces jeunes ont trouvé un terrain idéal pour satisfaire leur besoins et ceux de leurs parents.
Les filles aussi
« Il n’ y a pas que chez les garçons que ce phénomène existe, reconnaît un encadreur. Même les filles, en particulier celles qui jouent en équipe nationale sont approchées par des agents qui leur font un pont d’or afin qu’elles viennent exercer leurs talents dans un pays du Golfe ».
Les jeunes du Raja ont été repérés par des recruteurs venus des quatre coins du globe lors d’un tournoi au Qatar auquel ont participé le Raja de Casablanca, l’Atlético de Madrid, Al-Aïn et d’autres formations, européennes et sud-américaines, qui ont signé entre eux des accords de partenariat. « De nombreux prospecteurs étaient présents à ce tournoi», assure Abdeslam Hanat. « Je suis sûr qu’ils avaient des agents marocains faisant partie de cette filière qui étaient avec eux et qui ont, certainement, pris attache avec nos jeunes.»
Le même problème s’était posé au début de la saison dernière lorsque des jeunes du WAC, du Raja, du Rachad Bernoussi avaient été « débauchés » par l’Académie Mohammed VI de football. Une véritable levée de boucliers s’en était suivie, et les responsables de l’Académie, qui avaient démenti cette information, en son temps, ont fermé la parenthèse.
Les dirigeants des clubs se plaignent de cette pratique, car tous les jeunes espoirs sont le plus souvent hébergés dans des centres de formation, ce qui coûte cher au club. «Nous avons, martèle le président du Raja, un budget conséquent pour la formation des jeunes et au dernier moment, lorsque nous avons besoin d’eux, ils nous filent entre les doigts sans que l’on puisse réagir». Il est vrai que parmi les joueurs fugueurs, se trouvent les jeunes Saâdane et Lamaachi qui ont attiré l’attention de Bertrand Marchand, l’entraîneur de l’équipe senior. C’est dire combien la colère des dirigeants est justifiée. Il leur faut juste trouver une solution pour endiguer cette fuite de godasses marocaines.◆
lesoir ehos




